DIRE STRAITS : s/t

Les modes ne font pas tout, c'est l'observation qu'on peut faire en s'intéressant à l'histoire de DIRE STRAITS. Le groupe formé à Londres à une époque où le monde ne voyait que par le punk et le disco n'avait rien de commun avec ces phénomènes de mode par définition éphémères. Loin de toute cette agitation, Mark Knopfler et son frère David, avec leurs amis John Illsley (basse) et Pick Withers (batterie) vivaient chichement dans leur coin (le nom du groupe s'inspire de leurs conditions de vie), le dos tourné à un présent qui ne devait pas tellement être à leur goût, si on en juge par la musique de Knopfler, et son jeu de guitare très influencé par des maîtres du blues et de la country notamment. Influences très américaines donc, pour ce musicien aux origines diverses, Anglais par sa mère, né d'un père juif hongrois, et de surcroît natif d'Écosse. Le succès de Dire Straits sera tardif (son leader approche alors de la trentaine), mais fulgurant, du moins dans une bonne partie du monde occidental. Car nul n'étant prophète en son pays, le succès en Angleterre se fera plus attendre, et relèvera sans doute plus du suivisme que d'une sincère adhésion à cette musique qu'on pourrait quasiment qualifier d'un autre âge. C'est précisément ce qui fit le charme de Dire Straits : hors des courants dominants, avec son style et son jeu de guitare très singulier, Knopfler donnait une leçon à l'industrie du disque. Oui, il était possible de rencontrer le succès sans se compromettre, sans singer son voisin, sans se noyer dans l'opportunisme. Le résultat, tout le monde le connait : des tubes indémodables avec Sultans Of Swing et Down To The Waterline  et une fraîcheur toujours pas évaporée, près de 40 ans après la sortie de ce premier album, sur des titres aux accents country comme Setting Me Up ou Water Of Love, ou plus tournés vers le blues comme Six Blade Knife, voire mêlant un peu les deux sur Southbound Again.

Tracklist : 
01. Down To The Waterline
02. Water Of Love
03. Setting Me Up
04. Six Blade Knife
05. Southbound Again
06. Sultans Of Swing
07. In The Gallery
08. Wild West End
09. Lions

Line-up :

Mark Knopfler (chant + guitare)
David Knopfler (guitare)
John Illsley (basse)
Pick Withers (batterie)

Année : 1978
Label : Vertigo / Phonogram
Production : Muff Winwood

FAR CORPORATION : Division One

Le producteur Frank Farian nous aura plutôt habitué, durant sa longue carrière, à polluer les rayons des disquaires. Exploitant la fièvre disco sans scrupule avec Boney M à la fin des années 70, l'Allemand parachevait l'arnaque dix ans plus tard avec l'imposture des minets de Milli Vanilli. C'est toutefois à d'authentiques chanteurs que Farian faisait appel en 1985, en mettant sur pied le projet FAR CORPORATION. Recrutant notamment Bobby Kimball — qui venait de se faire éjecter de TOTO (on retrouve également Steve Lukather et David Paich dans les crédits de l'album) — et le relativement peu expérimenté Robin McAuley qui sortait tout juste à cette époque d'une première expérience de chanteur avec GRAND PRIX, Farian faisait preuve d'un certain bon sens en laissant le travail de composition à d'autres. Ne nous faisons pas d'illusion, cependant, ce disque est inégal de ce point de vue. Avec comme pièce maîtresse le superbe Johnny Don't Go The Distance dont l'intensité dramatique nous ramène un peu aux meilleures heures d'un JIM STEINMAN, l'exubérance en moins, Division One souffre par ailleurs de la présence d'un certain nombre de titres faiblards, à commencer par les ballades mielleuses You Are The Woman et If You Could See You Through My Eyes. Pour redresser un peu la barre, le disque s'appuie sur deux reprises, la première du classique de LED ZEPPELIN : Stairway To Heaven ; la seconde de FREE, avec Fire And Water. Ces deux reprises aux arrangements remis au goût de l'époque sont certes susceptibles de heurter les puristes, mais il faut admettre qu'elles demeurent très accrocheuses, particulièrement Stairway To Heaven qui répartit judicieusement les rôles entre un Robin McAuley à qui revient la part du lion, laissant Kimball briller sur la fin du morceau, dans les parties vocales les plus haut-perchées. On ne trouvera hélas pas grand-chose d'autres à se mettre sous la dent dans un registre véritablement stimulant.

Tracklist : 
01. Stairway To Heaven [reprise LED ZEPPELIN]
02. You Are The Woman
03. One Of Your Lovers
04. Live Inside Your Dreams
05. Johnny Don't Go The Distance
06. Fire And Water [reprise FREE]
07. If You Could See You Through My Eyes
08. No One Else Will Do
09. Rock'n'Roll Connection

Line-up :

Robin McAuley (chant)
Bobby Kimball (chant)
David Barreto (chant)
Henry Gorman (chant)
Bernd Berwanger (guitare)
Johan Daansen (guitare)
Mats Björklund (guitare)
Steve Lukather (guitare)
David Paich (clavier)
Harry Baierl (clavier)
Pit Löw (clavier)
Dieter Petereit (basse)
Curt Cress (batterie)
Simon Phillips (batterie)
Mel Collins (saxophone)
Bertl Gebhard (chœurs)
Bimey Oberreit (chœurs)
Frank Farian (chœurs)
Peter Bischof (chœurs)
The Jackson Singers (chorale)

Année : 1985
Label : Arista
Production : Frank Farian

RADIO SILENCE : s/t

Même si le livret de ce premier album de RADIO SILENCE nous dévoile les portraits de deux musiciens, c'est à Alistair Gordon qu'il est attribué l'exclusive paternité du projet dans les documents promotionnels que le label Escape avait diffusé à l'époque de la sortie du disque, en 1997. Le second instigateur — Mike Hehir — n'était pourtant pas tout à fait inconnu, et quiconque avait suivi de près la discographie du groupe SAD CAFÉ, avait peut-être conservé le souvenir de son passage dans les années 80. Gordon avait d'ailleurs lui aussi apporté sa contribution — plus modeste — à l'histoire de ce groupe originaire comme lui de Manchester, à la fin des années 80, comme il l'avait fait avec de nombreux autres artistes parfois renommés (MIKE AND THE MECHANICS — dont le chanteur Paul Young assure quelques choeurs sur ce disque —, Mick Jones de FOREIGNER). Mais il faut toutefois le reconnaître, si les deux protagonistes de Radio Silence sont des musiciens chevronnés, leurs noms n'ont rien de clinquant. Et pourtant, le sens de la mélodie d'Alistair Gordon — qui signe ou co-signe onze des douze titres de ce disque, contre un seul pour Hehir — en vaut bien d'autres, et des bien plus populaires. On s'en rend compte dès le premier titre : Primitive Man, qui annonce la coloration très années 80 de ce disque fait d'un AOR à tendance westcoast (Let It Rain, Radio Silence, Love In A Stranger's Arms), fort de beaux refrains, accrocheurs (le superbe God Only Knows), d'ambiances fort agréables, et ce qui ne gâche rien, d'une production sans anicroche. Quelques nappes de clavier délicates et élégantes (la ballade très AOR Don't Hold On), des parties de guitares aériennes et soignées (Tower Of Strength), une voix assez chaude et parfaitement en place, évoquant parfois un peu ROBERT HART, sans oublier quelques touches de saxophone : à peu près tout contribue sur ce disque à restituer une impression de bien être et de délicatesse, sans pour autant manquer de rythme.

Tracklist : 
01. Primitive Man
02. Don't Hold On
03. Convertible Car
04. Let It Rain
05. Radio Silence
06. Big Wide World
07. Tower Of Strength
08. God Only Knows
09. A Mighty High Horse
10. Love In A Stranger's Arms
11. The Last Frontier
12. Can't Stand Still

Line-up :

Alistair Gordon (chant + clavier + chœurs)
Mike Hehir (guitare)
+
Robert Maksym (guitare)
Marius Muller (guitare)
Paul Burgess (batterie + percussions)
Dave Hassel (batterie + percussions)
Steve Pigott (clavier + programmation)
Darrin Tidsey (clavier + programmation)
Ritchie Close (clavier)
Jon Astley (programmation)
Steve Butler (chœurs)
Ian Wilson (chœurs)
Paul Young (chœurs)
Doreen Edwards (chœurs)
Tessa Niles (chœurs)
Linda Taylor (chœurs)
Chris Davis (saxophone)
Andy Hamilton (saxophone)

Année : 1997
Label : Escape Music
Production : Alistair Gordon + Andy MacPherson + Walter Turbitt [4] + Steve Pigott [production additionnelle sur Radio Silence]

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...